
Non, il ne s'agit pas là d'une nouvelle espèce animale issue du cerveau malade d'un biologiste de laboratoire suite à un croisement entre un rapace nocturne et un quadrupède odorant et cornu...
L'ebook, (car c'est bien là la bonne ortographe, bien française, du reste...) est, en France, THE truc de cette rentrée.Dans quelques semaines, vous en entendrez parler partout, et le battage publicitaire ira crescendo jusqu'aux fêtes de fin d'année. Pensez-donc! C'est qu'il faut bien vous faire avaler que c'est le dernier appareil dont vous ne pourrez désormais plus vous passer si vous souhaitez rester "
à la page", du moment qu'elle est électronique! L'ebook sera
LA solution à tous vos problèmes.
Le petit dernier fait ses dents?
Ebook!Votre boss vous a refusé une augmentation?
Ebook!Votre copine veut faire un break?
Ebook!La banque vous a refusé un prêt?
Ebook vous dis-je!!!!L'époque est à la dématérialisation. (Encore que, il semblerait que les mentions attribuées jusqu'alors aux bacheliers français aient été jugées insuffisamment matérielles et vont donc désormais revêtir une parure de médaille... Il faudra décidémment m'expliquer où l'on va... je m'y perds!)
Après la musique et les films, voilà désormais les livres... Vous avez tous un iPod ou un truc assimilé. Il date un peu, mais au diable la "Geek attitude", il faut aussi surveiller un peu le porte-monnaie, c'est David Pujadas qui le dit chaque soir dans la lucarne!
Aussi, comme les constructeurs du monde numérique l'ont bien compris, mais qu'ils ont malgré tout trop besoin de votre argent,
ils s'empressent de créer un nouveau besoin : le livre numérique."C'est plus écologique :
fini de jeter les livres après les avoir lu, plus besoin d'abattre des arbres à n'en plus finir : l'ebook peut stocker jusqu'à 160 bouquins et son autonomie permet d'atteindre plus de 6000 pages tournées sans le recharger. De plus, fini la charge excédentaire du papier" Non mais comme si on avait besoin de se ballader avec toute sa bibliothèque dans son sac, franchement... Personnellement,
le plus souvent, je ne lis qu'un livre à la fois... Et même quand je suis dans plusieurs livre à la fois comme en ce moment (3), je n'en ai qu'un dans mon sac, les autres m'attendent sagement à la maison.
Petit intermède musical qui va bien :
Alors ça ne date pas d'hier, l'ebook.
Le phénomène existe depuis plusieurs années outre-Atlantique. Depuis 6 mois, il est bien installé en Angleterre, et après en avoir longuement parlé ces dernières années, il débarque en France.
Et bien vous allez sans doute trouver que je suis un vieux con, du haut de mes même pas 25 ans, mais je suis contre l'ebook. Enfin, pour moi, hein, les autres peuvent bien faire ce qu'ils veulent (non, je n'ai jamais eu l'âme d'un militant, désolé).
Personnellement, j'aime les livres. Ce qu'ils peuvent contenir,
mais aussi ce qu'ils sont. Le toucher velouté du papier, l'odeur parfois forte des pages d'un vieux livre acheté au marché du parc Georges Brassens. J'aime voir s'amenuiser la quantité de pages dans ma main droite et me laisser emporter, parfois à des heures avancées de la nuit, par l'appel des toutes dernières pages : "allez, encore une ou deux.... je finis mon chapitre... oh, et puis il ne reste plus grand'chose à lire pour terminer celui-ci..."
Le contact froid d'un "livre électronique" aux pages dématérialisées me laisse indifférent. Pour tourner la page? Un bouton. Unique. Toujours le même. A chaque nouvelle page.
Jamais je ne jette un livre, contrairement à l'argument mercantile sournoisement avancé plus haut. S'il m'a plus, je le garde. Des fois, je le relis. Souvent, je le conseille, le prête, et encore même le rachète pour l'offrir. Les autres, je les donne en faisant en sorte qu'ils restent "dans la boucle" au lieu de finir dans un benne.
J'aime aussi qu'on m'en prête, des livres. Savoir qu'une personne que j'estime a aimé un livre, me le recommande et me le confie est plaisant. C'est une compagnie intellectuelle qui m'accompagne dans ma lecture et me permet de penser à ladite personne au fil des pages : une sorte de communion littéraire, si vous voulez.
Un soir, dans un hôtel Ibis (je crois),
j'avais découvert le concept de livre voyageur : il s'agit autrement dit de la possibilité d'emprunter un livre dans l'hôtel où vous vous trouvez et de reparti avec, du moment que vous le remettez dans la bibliothèque self service d'un autre hôtel de la chaîne une fois la lecture achevée. Le concept m'avait bien plu, même si je n'avais alors pas pu m'empêcher de remettre en doute le caractère civilisé des emprunteurs, en particulier des Français (j'avoue avoir peu foi en l'être humain).
Enfin bref, tout cet ensemble de contacts et de sensations physiques générés par les livres risquent de se perdre avec le bête téléchargement de fichier PDF sur le site de la FNAC et l'échange par e-mail de ce qui ne sera plus, au final, que de vulgaires fichiers de textes...
Car c'est ça aussi, un livre : le résultat d'un processus éditorial guidé par l'intérêt et la qualité du texte. Avec la dématérialisation, c'est la porte ouverte à tout. D'un côté, c'est plus démocratique, mais de l'autre, tout un chacun va pouvoir se prendre pour un Baudelaire en herbe, et c'est pourtant bien, des fois, de savoir garder les pieds sur terre. On voit bien ce que donne la soupe de toutes ces "nouvelles stars" de la chanson, écervelées, façonnées en 3 mois dans un château truffé de caméras et qui se prennent pour de vrais artistes... C'est enfin la porte ouverte sur le piratage, alors qu'aucune solution efficace n'a été trouvée au plan musical pour protéger les auteurs, compositeurs et interprètes dont la carrière est souvent mise en péril, on s'apprête à réserver le même sort aux écrivains... Drôle d'époque...
Dans certaines tribus indigènes, on dit qu'
un viellard qui meurt, c'est une bibliothèque qui brûle. Je trouve cette métaphore plus séduisante que celle qui va nous être réservée d'ici peu : "j'ai eu un crash disc, je comprends maintenant ce qu'ont dû ressentir les Alexandrins...
Enfin, peut-être fais-je fausse route...serait-ce une wrong impression?? Let's ask Natalie Imbruglia...